NOUVELLES IMPRESSIONS D’AFRIQUE

PRÉSENTATION

Le site que vous êtes en train de visiter contient Nouvelles Impressions d’Afrique (Lemerre :1932), le texte le plus complexe de Raymond Roussel (1877-1933) dont chaque vers aurait demandé à son auteur quinze heures de travail.

Dans sa première édition papier cette oeuvre est composée de quatre chants chacun desquels forme une seule phrase assez simple à l’intérieur de laquelle se multiplient les incises de telle sorte que le lecteur oublie assez vite la proposition principale pour s’enfocer dans les méandres des incidentes empilées. Nous en ignorons les raisons profondes, mais sans doute pour en faciliter la lecture, Roussel a choisi de marquer typographiquement l’insertion des incises au moyen de parenthèses qui s’emboîtent les unes dans les autres comme des poupées gigognes et de notes en bas de page (qui peuvent elles-mêmes donner lieu à d’autres incises) et de distribuer son texte sur 237 pages à chacune desquelles se rapporte une illustration placée entre les pages non coupées du volume.

Rabattu sur une ligne le système de phrases à emboîtements des Nouvelles Impressions pourrait être schématisé comme suit :

A--- ( --- (( --- ((( --- ))) --- ((( --- ))) --- ((( --- (((( --- )))) --- (((( --- ((((( --- ))))) --- ((((( --- ))))) --- ((((( --- ))))) --- )))) --- (((( --- )))) --- ))) --- )) --- ) --- ( --- ) ----- B

C’est ce système à emboîtements multiples qui est représenté sur le site par un dégradé de couleur bleue allant du plus clair, pour le texte non-emboîté au plus foncé pour le niveau le plus profond d’emboîtement, qui correspond au neuvième niveau du chant IV.

Le site que vous êtes en train de découvrir n’est pas une présentation de la version papier à travers des moyens plus sophistiqués. Il faut plutôt y voir une « adaptation » de l’oeuvre de Roussel à un nouveau support capable d’en exploiter la poétique et de mettre en relief son caractère avant-gardiste. Il est de fait à inscrire dans la lignée des surréalistes qui avaient créé, pour l’exposition de 1937, « La machine à lire les Nouvelles Impressions d’Afrique » présentée par JB Brunius1. Aujourd’hui l’outil informatique permet de réaliser une machine beaucoup plus performante que celle imaginée par Brunius, qui exploite les potentialités poétiques de la structure conçue par Roussel.

S’agissant d’un hypertexte les parcours peuvent être multiples, nous vous présentons ci-dessous quelques possibilités.

1. Dans la vue linéaire cliquer successivement sur le dernier mot souligné dans chacun des chants. L’on découvrira ainsi les textes dominants, hors-emboîtement, de tous les chants. Déployer, ensuite le premier niveau d’emboîtement pour chacun des quatre chants et ainsi de suite. Cette lecture est sans doute celle qui permet de mieux appréhender l’ensemble du texte. Elle facilite aussi la saisie des thématiques dominantes dans chacun des chants.

2. Pour bien apprécier la structure à emboîtements de chacun des textes, dans la « vue topographique » garder un seul chant à l’écran, occulter tous les niveaux sauf le premier puis les refaire apparaître un par un. Une fois le texte déployé le lecteur sera libre, soit de réaliser une lecture séquentielle, du premier au dernier vers, soit une lecture par niveaux.

3. Il est aussi intéressant d’inverser la lecture linéraire et de parcourir chacun des chants en occultant tous les niveaux d’enboîtement sauf le dernier et de lire le texte en partant de son plus haut degré de profondeur jusqu’à ses zones les plus extérieures.

4. La vue topographique facilite un parcours translinéaire des quatre chants et permet de lire successivement, par exemple le niveau trois des quatre chants. Cette lecture est sans doute la plus indiquée pour parcourir les thématiques récurrentes dans les quatre chants.

1. Cette idée fut reprise par le surréaliste argentin Juan Esteban Fassio dans la revue Letra y línea nº 4, Buenos Aires 1954.